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Les jeux en intervention orthophonique

L’intervention orthophonique par le jeu

L’utilisation de jeux en intervention orthophonique constitue un des moyens les plus répandus pour intervenir. Je souris très souvent lorsque les clients me disent: « en orthophonie, je joue ! ». En effet, l’orthophoniste a souvent une multitude de jeux et jouets pour travailler différents objectifs langagiers. Les jeux sont d’excellents renforçateurs qui permettent d’éprouver du plaisir en échange de la réalisation d’un travail plus spécifique. Dans ce contexte, je dis simplement aux jeunes que ce sont leurs « défis ». Toutefois, j’ai longtemps préféré travailler avec des adolescents. Je préférais travailler mes objectifs langagiers sans avoir à les contourner par le jeu. Depuis l’ouverture de ma clinique privée, c’est avec plaisir que j’accompagne des petits et des grands. Cette situation m’oblige à chercher des contextes stimulants pour mes clients qui ne veulent pas toujours travailler. Le jeu favorise un contexte fonctionnel et stimulant pour mes clients et pour moi.

Le jeu est un contexte naturel et fonctionnel

Comme dans tous les domaines, les connaissances et la recherche évoluent en orthophonie. Une des récentes orientations encourage les orthophonistes à travailler le langage dans un contexte significatif, communicationnel et fonctionnel. Plusieurs personnes contribuent positivement à cette perspective, dont Marie-Pier Gingras et Florence Dion-Morin, toutes deux orthophonistes. En tenant compte de ces orientations et des partages de mes collègues, je me retrouve dans un univers riche. Côtoyant des enfants de différents âges en dehors de mon rôle de professionnelle, le jeu a toujours été important. Pour moi, il s’agit d’une source intarissable de plaisir, d’échanges et d’apprentissage. Il s’agit d’un contexte naturel, significatif et crucial dans le développement de l’enfant. L’analyse de multiples jeux me permet de prendre plaisir à exploiter ces situations régulièrement. Cela me permet de partager avec plaisir un moment d’apprentissage. De plus, le jeu permet de créer un contexte fonctionnel pour mes interventions orthophoniques.

Les perspectives du jeu

Eric Sanchez, dans « Enseigner et former par le jeu », documente le jeu selon différentes perspectives. D’abord, certains auteurs conçoivent le jeu dans une perspective culturelle dans laquelle s’insèrent des règles établies. Ces règles fixent des limites de temps, d’actions et de fonctionnement, à l’instar des règles sociales. Le jeu entraine les joueurs dans un univers social parallèle de la vie quotidienne. Cet univers est régi par des règles qui n’appartiennent qu’au jeu. D’autres auteurs ont davantage élaboré la dimension ludique du jeu. Entrer dans le jeu est un changement de cadre d’expériences. La finalité du jeu n’a aucune conséquence en dehors du jeu. L’entrée dans le jeu est volontaire et choisie par le joueur qui accepte les règles. Certains ont davantage élaboré concernant les relations entre le jeu et le développement de l’enfant. D’autres, depuis l’Antiquité, ont davantage établi des liens entre le jeu et l’apprentissage. 

L’effet motivant du jeu

Dans l’ouvrage de Sanchez, l’effet du jeu sur la motivation est une autre dimension importante soulevée. Sous l’angle de l’autodétermination, le jeu satisfait trois besoins fondamentaux. C’est-à-dire l’autonomie, le sentiment de compétence et l’établissement de relations sociales. De façon plus précise, l’autonomie du joueur est satisfaite, car il décide des événements à venir. L’apprenant accepte les règles établies et il peut agir en toute liberté. Ensuite, son sentiment de compétence se développe en connaissant les impacts de ses actions sur le déroulement du jeu. En analysant et anticipant les conséquences de ses actes, l’apprenant juge de sa progression dans le jeu. Finalement, le jeu est également un contexte favorable à l’établissement de relations sociales. Ces relations favorisent les échanges avec le maitre du jeu, les adversaires ou encore avec ses coéquipiers. 

Le jeu comme renforcement

Je n’ai rien contre le jeu utilisé comme un renforcement avec des jeunes qui en ressentent le besoin. Certains, même âgés, me demandent d’utiliser des jeux de parcours plutôt que de travailler uniquement leurs « défis ». Lorsqu’un client me le demande, j’exploite cette situation pour amener le renforcement à un autre niveau. En effet, je saisis cette occasion pour avoir du plaisir, discuter et réfléchir avec le jeune. Par exemple, je laisse le jeune choisir un jeu et ensemble on détermine le fonctionnement de notre jeu. J’intègre certaines règles et j’y ajoute des contraintes et les « défis » à réaliser. Les jeunes négocient et modifient mes suggestions. Mon plus grand plaisir est lorsque certains m’inventent des défis personnalisés. J’adore ne pas être capable de relever un défi proposé et devoir passer mon tour lorsque cela arrive

Le potentiel du jeu en intervention orthophonique

Ces différentes perspectives du jeu m’ont permis d’exploiter ce contexte naturel, significatif et motivant pour les apprenants. Selon mes objectifs et les jeunes, le jeu constitue un moyen pour travailler la communication et le langage. Intrinsèquement, le jeu nécessite de considérer habituellement plusieurs éléments simultanément ou séquentiellement. Il s’agit donc d’un contexte favorisant le transfert ou la généralisation d’apprentissage. En effet, l’apprenant doit composer avec plusieurs règles ou étapes tout en communiquant ou en utilisant le langage. Dans une autre perspective, il m’arrive très souvent de créer des jeux avec les jeunes. Ensemble, on fixe le contexte, les objectifs ainsi que les règles. L’imagination, la narration, l’interaction et la négociation que cela nécessite favorisent des échanges riches. Ces différents contextes me permettent d’intégrer des objectifs langagiers selon les besoins de chacun dans un contexte naturel.

Dans une autre perspective, j’utilise très souvent les jeux de société. Qu’ils soient éducatifs ou non, ces jeux me rapprochent de situations d’apprentissage complexes. J’aime découvrir un jeu inconnu avec un apprenant. Dans ce cas, j’en informe le jeune et je l’avise qu’on doit le découvrir ensemble. En ouvrant la boite, je laisse le temps au jeune d’analyser la fiche d’informations. Je le guide au besoin pour placer les objets. Ensuite, on anticipe comment on va jouer et quel est le but du jeu. On valide nos hypothèses en lisant les instructions. Parfois je lis les instructions et à d’autres moments, je laisse lire le jeune. Avec certains, l’exercice de comprendre et retenir le fonctionnement du jeu constitue un objectif en soi. Avec d’autres, je travaille davantage le discours expressif. Dans cette situation, j’accompagne le jeune à expliquer à un parent ou à moi-même un jeu qu’il connait bien. 

L’équilibre du plaisir et de l’apprentissage

Lorsque je crée une situation de jeu avec des apprenants, j’ai une double préoccupation. Afin d’entretenir leur motivation, je cherche constamment à exploiter des situations plaisantes et amusantes. Le plaisir est ma préoccupation première concernant l’expérience à faire vivre aux jeunes. Toutefois, comme orthophoniste, je cherche également à y intégrer des objectifs langagiers et communicatifs. Le défi de concilier ces deux préoccupations est parfois difficile. Je n’y arrive pas toujours comme je le souhaiterais. Mais j’y réfléchis, j’essaie régulièrement et j’ai de belles réussites très souvent. En laissant la place aux jeunes, leurs idées m’ouvrent à des perspectives que je n’avais pas entrevues. L’avantage des jeux, c’est de pouvoir construire un monde grâce aux règles établies. C’est donc en manipulant et inventant ces règles que j’intègre mes objectifs d’intervention. Saisir l’occasion d’exploiter les jeux en intervention orthophonique avec une perspective fonctionnelle et communicationnelle multiplie les opportunités d’intervention.

Restez à l’affût ! Dans quelques semaines, « Nourrir Antone » sortira chez Horizons. Il s’agit d’un jeu de cartes qui vise à partager un moment de plaisir entre les joueurs. Le fonctionnement et les règles du jeu permettront de viser des objectifs d’intervention orthophonique : le vocabulaire, l’habileté à lire et à comprendre des mots et des phrases.

Enseigner et former avec le jeu (de Eric Sanchez), ESF sciences humaine : https://www.esf-scienceshumaines.fr/education/429-enseigner-et-former-par-le-jeu.html

Pascal Dubois, orthophoniste, aborde l’autodétermination sous l’angle des interventions https://www.acfas.ca/communaute/profil/pascale-dubois

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